Mermelada de moras.

Guillaume Fouace.

La casa de veraneo  se ha vaciado como un saco demasiado lleno.

Me he quedado sola.

El olor de las moras cociéndose despacio en azúcar de caña envuelve la cocina y puebla mi mente del galope subterráneo de los caballos escondidos tras el seto, del zumbido  enfebrecido de las abejas, de la presencia muda y salina del mar disuelta en la dulzura de fieltro propia del mes de septiembre.

La cuchara de madera gira lentamente en la profundidad granate de las frutas en ebullición y enguata mis sentidos de terciopelo. Acerco despacio la cuchara a la orilla de mis labios soplando suavemente para domar , saboreándola, la exquisita sensación de quemadura.

Mis ojos se empañan como los cristales de las gafas de mi abuela que se sofoca tras la bandeja cubierta de frascos de cristal, opacos de polvo. Marie, una normanda robusta, me empuja sin contemplaciones. Tiene que abrir la puerta del horno para vigilar la cocción de la brioche que vamos a  merendar untada de mermelada. Visión dorada y esponjosa, olor a mantequilla y a trigo.

Detrás de la puerta acristalada, abierta al jardín, mi madre lee recostada encima de una chaise-longue. Lejos, tan lejos de mí, que esta lejanía pellizca mi corazón.

Mis dos hermanos sentados a sus pies la custodian, hojeando tebeos, los dedos pegajosos de golosinas.

Una corriente de aire, un portazo. Es mi padre. Se acerca como un tornado, se inclina hacía mí, sus labios acarician mis mejillas, huele a mar y a sus simas de viento; su aliento a la miel del tabaco de su pipa. Su barba raspa un poco…

Me susurra al oído, mientras me hace cosquillas, – ¡gata, gatita mía, prueba la mermelada, pruébala, si no se va a enfriar y se va a quedar pegada a tus dientes!

Esperé demasiado. Papá tenía razón. La mermelada se ha quedado pegada a mis dientes.

En cuanto a la brioche de este último verano, sólo quedan unas migas minúsculas y negras en los intersticios de la mesa de la cocina.

Sin embargo me entran unas irresistibles ganas de reír provocadas por las cosquillas de mi padre, tan vivas y presentes a pesar del alejamiento en el tiempo.

Version française.

Guillaume Fouace.

La maison de famille  s´est vidée comme un sac trop plein.

Il ne reste que moi.

L´odeur des mûres cuisant doucement dans le sucre de canne embaume la cuisine et peuple mon esprit du galop souterrain des chevaux cachés derrière la haie, du buttinement enfiévré des guêpes, de la présence muette et saline de la mer qui se prélasse dans la douceur feutrée et nostalgique de ce mois de Septembre.

La cuillère en bois tourne lentement dans la profondeur grenat des fruits en ébullition. Mes sens se ouattent de velours. J´approche la cuillère tout près de l´ourlet de mes lèvres en soufflant doucement afin de dompter, en la savourant, l´exquise sensation de brûlure.

Mes yeux s´embuent comme les verres des lunettes de ma grand- mère qui s´essouffle derrière un plateau couvert de pots en verre, opaques de poussière. Marie, une normande robuste, me pousse sans ménagements, il lui faut ouvrir le four où cuit la brioche que nous allons déguster avec la confiture, vision dorée et moelleuse, odeur de beurre et de farine.

Derrière la porte fenêtre, ouverte sur le jardín, ma mère lit, allongée sur une chaise longue. Loin, si loin de moi que mon coeur se pince.

Mes deux frères, assis à ses pieds, la custodient en lisant des bandes dessinées, les doigts collants de carambars.

Un courant d´air. La porte claque. C´est mon père. Il s´approche comme une tornade, il se penche vers moi, ses lèvres caressent mes joues, il sent la mer et ses gouffres de vent, son haleine  fleure le miel du tabac de sa pipe. Sa barbe râpe un peu…

Il me susurre à l´oreille, tout en me chatouillant, – Mon chaton, ma chatounette, goûte la confiture. Goûte la donc!, sinon elle va refroidir et te coller aux dents! –

J´ai trop attendu. Papa avait raison. La confiture me colle aux dents.

Quand à la brioche de cet été qui s´achève, il ne reste plus d´elle que des miettes minuscules et noircies coincées dans une fente de la table de la cuisine; et pourtant, une irrésistible envie de rire se glisse en moi procurée par les chatouillements de mon père si présents et si vifs malgré l ´éloignement du temps.